Vu sur le site ‘génération précaire’… ce témoignage m’a frappée/choquée.

STAGIAIRES JETABLES, SALARIES JETABLES, PATRONS SANS FOI, NI LOI.
14 novembre 2005
44 ans. BAC + 5. 20 ans d’expérience en agences de publicité et de conseil en communication. Au chômage depuis 3 ans. Rmiste depuis 2 ans.
Mon dernier employeur a organisé la faillite frauduleuse de sa start-up. Il s’est barré avec la caisse en nous laissant tous sur le carreau. Mais, il a dû payer les salaires de ses salariés parce que nous l’avons fait condamner aux prud’hommes.
Je suis toujours à la recherche d’un emploi. Depuis 2 ans, j’ai envoyé 2300 candidatures dans toute la France. Aucune réponse. Même pas d’accusé de réception. Quelques entretiens où l’on me répond toujours que je suis sur-qualifié, traduisez : trop vieux, trop cher. Cette réponse vient encore de m’être faite récemment par un service de communication d’un grand Musée Français. Lorsque je me renseigne derrière, je m’aperçois que mon poste a été pourvu par un stagiaire.
Aujourd’hui, j’ai décidé de m’expatrier au Québec où, ni mon âge, ni mes 20 ans d’expériences ne posent problème. Bien au contraire ! Accueilli à bras ouverts, j’en reviens toujours pas ! Ma motivation et mon expérience suffisent. Bref, j’ai l’impression de redécouvrir le fil à couper le beurre, des relations de travail normales et saines et le plaisir de travailler avec des patrons très curieux, très ouverts et très à l’écoute de leurs collaborateurs. Une mentalité radicalement différente de celle des “patrons” français. Là -bas, pas de stagiaires. Mais des juniors diplômés encadrés et guidés par des séniors. Juniors et seniors ont tous leur place dans la société et des salaires bien plus élevés qu’en France. Avec, à la clef, une ambiance de travail détendue donc un rendement de travail bien meilleur.
Les “décideurs” français (tous secteurs confondus) prétendent prendre des risques. Ils n’en prennent aucun en vérité ! Ils ont une mentalité de yuppies fébriles et pressés. Ils ne veulent plus investir dans le capital humain : le travail doit être gratuit (ou quasi gratuit). Les milliers de stagiaires qui tiennent l’économie de ce pays dans leurs mains en sont la preuve ! Sauf que c’est un calcul à court terme. Le travail des stagiaires est souvent remis en cause, et pour cause… Par définition, un stagiaire n’est pas fait pour être directement productif, mais pour se former à sa future fonction. En considérant les stagiaires comme des salariés immédiatement opérationnels les patrons français font un très mauvais calcul… Parce que la perte de qualité est de plus en plus évidente, elle se ressent à tous les niveaux de l’entreprise et dans des secteurs de plus en plus nombreux. Du coup, les patrons français exercent une pression constante et intolérable sur les stagiaires. Jusqu’à les faire craquer nerveusement ! J’ai vu de très nombreux cas dans mes postes antérieurs. Les patrons français méprisent les stagiaires en les payant des cacahuètes pour leur faire exécuter des missions que des salariés (expérimentés) au chômage devraient et pourraient faire. Cherchez l’erreur… Avec ça, ces mêmes patrons exigent en permanence des subventions de l’état et la baisse des charges salariales ! Mais pourquoi en ont-ils besoin puique leur masse salariale est constituée de stagiaires non rémunérés ? (ou rémunérés à 30 % du smic, ce taux leur évite d’ailleurs de payer des charges). Alors, qui sont les assistés dans cette affaire ? Les stagiaires qui triment à l’oeil pour des promesses d’embauches dont ils ne voient jamais la couleur ? Les salariés au chômage qui attendent de pouvoir retrouver un emploi et leur dignité ?
Avec cette vision branchée du court terme, ce goût pour la rentabilité immédiate, cette “philosophie du tout jetable” : stagiaires jetables, salarié jetables, les “patrons” français sont en train de se tirer une balle dans le pied. Ils sont en train d’organiser leur propre faillite, et celle du pays. Dans l’immédiat, ils organisent la fuite des cervaux….
A tous les stagiaires honteusement exploités, tous les précaires, tous les chômeurs et autres exclus de cette société française cynique et désinvolte, je dis ; bon courage, et si vous le pouvez exilez-vous ! Si vous devez rester en France alors, ne baissez plus les bras ! Faites cesser ce carnage. Faites cesser cette faillite organisée par des dirigeants et des patrons français sans foi, ni loi ! Inversez le rapport de force ! Vous le pouvez, vous êtes des millions dans la merde, vous êtes des millions à qui l’on inflige en permanence du précaire durable. Ça suffira comme ça !
Un MERCI fraternel à ceux et celles qui ont le grand courage de dénoncer ce scandale et d’organiser ce mouvement. Merci à vous qui ne voulez plus subir en silence. Merci pour votre solidarité !
Génération précaire demain ne doit plus jamais l’être !
A.M. (Je pars au Québec dans un mois, mais je serai à la manif du 24 novembre bien évidemment !)